Comment les lipides de l’alimentation peuvent-ils impacter notre microbiote intestinal ?

Nos habitudes alimentaires ont très largement évolué sur les dernières décennies, avec la consommation excessive d’aliments à haute densité énergétique, responsable pour partie du développement de nombreuses pathologies chroniques à composante nutritionnelle telles que l’obésité, le diabète ou encore les maladies cardiovasculaires. Il est aujourd’hui reconnu que certains nutriments de notre alimentation peuvent jouer un rôle dans la prévention et l’évolution de ces maladies à condition qu’ils soient notamment consommés en quantité suffisante.

Une consommation en oméga 3 en deçà des recommandations

Concernant le cas particulier des lipides, les données les plus récentes relatives aux consommations et habitudes alimentaires de la population française ont mis en évidence des apports en acides gras déséquilibrés au plan qualitatif au regard des recommandations nutritionnelles (étude INCA 31). Si les apports en acides gras polyinsaturés (AGPI) oméga 6 semblent adéquats, ceux en AGPI oméga 3 et en acides gras monoinsaturés (AGMI) sont en revanche insuffisants. En conséquence, améliorer la biodisponibilité des acides gras trop faiblement consommés sans augmenter l’apport en lipides totaux représente un objectif nutritionnel avéré avec des répercussions positives en termes de santé publique.

Pour exercer leurs effets santé, les acides gras de l’alimentation doivent être rendus biodisponibles grâce au processus de digestion/absorption. Différents facteurs peuvent agir sur leur bioaccessibilité initiale dans notre tractus digestif (c’est-à-dire la fraction ingérée qui peut être absorbée) puis sur leur biodisponibilité dans l’organisme. Parmi eux, le microbiote intestinal est considéré depuis une dizaine d’années comme un paramètre majeur capable de moduler le devenir des acides gras au sein des cellules de notre intestin.

Le microbiote intestinal : un allié de choix pour notre santé

Composé de près de 100 000 milliards de bactéries, champignons et virus commensaux répartis tout le long de notre tractus gastro-intestinal, le microbiote intestinal est l’écosystème le plus complexe de notre organisme. Il exerce de nombreuses fonctions essentielles pour notre santé. Il intervient notamment dans le maintien de l’intégrité de nos cellules intestinales, la maturation de notre système immunitaire, la récupération de l’énergie, la production de vitamines essentielles pour l’organisme, ainsi que dans l’absorption des lipides alimentaires et dans le stockage des graisses. L’équilibre du microbiote intestinal, propre à chaque individu, est important pour assurer ses fonctions et sa composition peut être modifiée par différents composés et nutriments parmi lesquels les acides gras. Dans certaines pathologies métaboliques telles que le diabète ou l’obésité, un déséquilibre de la flore intestinale (appelé dysbiose) est observé, lequel peut être corrigé par des composés aux propriétés prébiotiques : les lipides de notre alimentation peuvent jouer ce rôle.

Les acides gras de notre alimentation modulent la composition et le fonctionnement du microbiote intestinal

Les AGPI oméga 3, qu’ils soient d’origine végétale (acide alpha-linolénique, ALA, présent dans les huiles végétales de colza, de noix ou de lin) ou animale (EPA et DHA présents dans les sources marines telles que les poissons), ont fait l’objet de plusieurs travaux sur ce sujet, les données étant plus nombreuses pour l’EPA et le DHA que pour leur précurseur métabolique, l’ALA. Concernant ce dernier, il a été montré que la consommation de noix, fruit à coque riche en ALA, pouvait favoriser un enrichissement du microbiote intestinal en bactéries bénéfiques de type probiotiques, associé à une diminution de bactéries plutôt délétères. L’apport conjoint d’ALA (via la consommation d’huile de lin), d’EPA et de DHA (via la consommation d’huile de poisson) a montré des effets bénéfiques similaires.

Concernant les AGPI oméga 6, acides gras plutôt connus pour leurs effets pro-inflammatoires, peu d’études ont étudié leur impact sur la modulation de la composition du microbiote intestinal. La consommation d’un régime riche en graisses contenant de l’huile de maïs, source d’acide linoléique (LA, précurseur des oméga 6), induit un enrichissement du microbiote en espèces bactériennes connues pour leur implication dans différents processus inflammatoires. L’association avec de l’huile de poisson source d’EPA et de DHA permet de corriger la dysbiose ainsi induite en favorisant des bactéries de type probiotiques. Le LA peut également être converti par notre microbiote intestinal en un dérivé ayant des effets bénéfiques sur la santé, une production de base de ce dérivé par une bactérie spécifique du tractus intestinal humain ayant été décrite. Cette synthèse semblerait correspondre à un mécanisme de désintoxication pour les bactéries présentes dans l’intestin, lequel s’avère très utile pour notre santé intestinale.

D’autres données ont montré que les AGMI oméga 9 présents notamment dans l’huile d’olive (l’acide oléique en étant le représentant majeur) pouvaient avoir un impact bénéfique sur la composition du microbiote intestinal. Il a ainsi été montré que la consommation d’huile d’olive vierge extra, source d’acide oléique, pouvait diminuer dans les fèces les niveaux de bactéries connues pour produire des composés potentiellement délétères pour notre côlon.

Toutes ces données en lien avec l’étude de l’impact des acides gras alimentaires sur le microbiote intestinal font l’objet depuis 2017 d’un programme de recherche conduit par ITERG et ses partenaires académiques dans le cadre de l’UMT ACTIA BALI2 « Biodisponibilité Alimentation Lipides Intestin ». Les travaux de ce programme se positionnent depuis 5 ans sur un axe de recherche alors non investi à leur commencement, visant l’exploration du lien entre la biodisponibilité des nutriments lipidiques (tels que les acides gras alimentaires) et le microbiote intestinal.

En résumé

La quantité, le type ou l’association des acides gras de notre alimentation sont autant de paramètres qui peuvent moduler notre microbiote intestinal de façon plus ou moins bénéfique. Les données acquises à ce jour tendent à associer les AGPI oméga 3 et les AGMI oméga 9 à des modifications bénéfiques de sa composition. En raison du statut nutritionnel de la population française pour ces acides gras et de la nécessité d’augmenter leurs apports journaliers sans augmenter la consommation de lipides totaux, la modulation du microbiote intestinal pour augmenter la biodisponibilité de ces nutriments d’intérêt fait partie des recherches actuelles. C’est là tout l’enjeu des travaux de l’UMT ACTIA BALI menés sur cette thématique3.

Un article publié dans IAA, La revue des industries agro-alimentaires (mai-juin 2021, n°73) et une revue de nos travaux à paraître dans Critical reviews in food science and nutrition (Vande Weghe et al, 2021, en révision) détaillent plus précisément ces modifications du microbiote intestinal associées aux acides gras alimentaires.

1https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2014SA0234Ra.pdf

2L’unité mixte technologique (UMT) est un outil de partenariat entre institut technique et unité de recherche publique, mis en place et soutenu par le ministère chargé de l’Agro-alimentaire, sous la coordination de l’ACTIA, l’Association de coordination technique pour l’industrie agro-alimentaire. L’UMT ACTIA BALI est coordonnée par ITERG, en collaboration avec l’UMR INRAE1397 – INSERM U1060 / Université-Lyon1 – Laboratoire de Recherche en Cardiovasculaire Métabolisme Diabétologie et Nutrition (CarMeN), Equipe 1 « Diet and food matrix in Obesity and metabolic diseases: role of Intestinal tract and innovative Therapeutics (DO-IT) » et Bordeaux Sciences Agro – Laboratoire de Microbiologie et Biochimie Appliquée (LMBA), UMR 5248 CBMN (Institut de Chimie & Biologie des Membranes & des Nano-objets), Equipe « Interactions Bactéries Probiotiques-Hôte (IBPH) ». https://www.actia-asso.eu/projets/bali/

3Ces travaux sont menés dans le cadre d’une thèse bénéficiant d’un financement de la Région Nouvelle Aquitaine, ainsi que du soutien d’ITERG et de Terres Univia, l’Interprofession des huiles et protéines végétales.

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