Les lécithines végétales, des ingrédients naturels d’intérêt nutritionnel

Les lécithines végétales, c’est quoi ?

Les plantes oléagineuses telles que le colza, le tournesol ou encore le soja sont bien connues du consommateur car c’est à partir de ces graines que sont extraites les huiles alimentaires que nous consommons majoritairement en France.

Ce que le consommateur peut néanmoins ignorer c’est que ces mêmes graines sont sources de composés naturels : les lécithines végétales.

Les lécithines végétales sont des mélanges de lipides naturels composés à plus de 50 % d’une forme spécifique appelée phospholipide. Les lécithines sont couramment utilisées par l’industrie agro-alimentaire dans les aliments de nos linéaires pour leurs propriétés émulsifiante et épaississante. Leur présence dans les produits alimentaires est mentionnée sur l’étiquette de ceux-ci sous la dénomination E322 alors même qu’il s’agit de molécules naturelles.

Les lécithines de soja sont à ce jour les plus utilisées. Dans le contexte actuel de l’alimentation durable, les lécithines issues du colza et du tournesol représentent des alternatives d’intérêt à explorer.

 

Les phospholipides dans notre organisme

Les phospholipides sont naturellement présents dans notre organisme, en tant que composants majoritaires des membranes biologiques. Ils sont impliqués dans un grand nombre de processus physiologiques. De par leur composition, les lécithines végétales représentent donc des sources importantes de ces phospholipides.

Depuis quelques années, les phospholipides, en particulier ceux d’origine marine, font l’objet d’un intérêt grandissant de par leur capacité à augmenter la biodisponibilité et l’incorporation des acides gras de notre alimentation dans certains tissus cibles tels que le cerveau, le foie ou encore les muscles.

Certaines lécithines végétales, comme celles de colza et de soja, offrent un atout supplémentaire en raison de leur richesse en acide alpha-linolénique (ALA), précurseur des acides gras oméga 3.

 

L’intérêt santé des lécithines végétales : des résultats prometteurs

Dans le cadre de l’UMT ACTIA BALI « Biodisponibilité Alimentation Lipides Intestin »1, ITERG et l’Equipe DO-IT du Laboratoire CarMeN2 ont évalué les effets santé associés à certaines lécithines végétales.

Les investigations menées conjointement ont montré que les lécithines végétales sont des ingrédients aux profils lipidiques et aux propriétés biochimiques divers et complexes.

Pour la première fois, nos travaux ont montré que pour un apport équivalent en ALA, l’ajout de lécithine de colza dans une huile de colza permettait d’augmenter l’absorption intestinale de l’ALA. Cet effet bénéfique de la lécithine de colza n’est significatif qu’à des doses dites de supplémentation (c.-à-d. pour un apport en lécithine supérieur à 10 % des lipides totaux, 30 % dans le cas de cette étude), bien plus élevées que celles retrouvées dans les aliments, qui sont généralement comprises entre 1 et 3 %3.

 Nous avons également comparé l’impact de la lécithine de colza vs la lécithine de soja (deux lécithines végétales riches en ALA) sur la santé métabolique, en tant qu’ingrédient (≤ 10 % des lipides totaux) dans un régime normolipidique4. Cette approche a montré qu’à des doses nutritionnelles, les deux lécithines n’induisent pas de modification du métabolisme lipidique. Parallèlement, cette étude a permis de démontrer un impact encore méconnu des lécithines végétales sur le microbiote intestinal : les lécithines de colza et de soja ont en effet augmenté l’abondance fécale d’un groupe bactérien décrit comme étant anti-inflammatoire. La lécithine de colza aurait par ailleurs un effet spécifique sur le métabolisme des sels biliaires (impliqués notamment dans la digestion des lipides alimentaires), sa consommation favorisant l’élimination de ces composés, dont l’accumulation peut être toxique pour notre santé. Ces données démontrent ainsi qu’à court terme, l’utilisation de lécithines végétales en tant qu’ingrédient dans un régime équilibré serait à l’origine de potentiels effets bénéfiques sur le microbiote intestinal, contrairement à certains émulsifiants synthétiques décrits comme pouvant modifier la composition de celui-ci d’une manière susceptible de favoriser l’inflammation intestinale.

 

En résumé

L’ensemble de ces données offre des premiers résultats encourageants quant à l’utilisation des lécithines végétales en tant qu’émulsifiants naturels dans les aliments.

De par leur contenu en phospholipides, les lécithines peuvent notamment moduler le métabolisme des lipides et exercer des effets liporégulateurs, anti-inflammatoires et anti-oxydants. A ce titre, elles pourraient exercer un rôle préventif dans les désordres métaboliques (tels que l’obésité) et cardiovasculaires. Il est cependant nécessaire de bien faire la distinction entre leur rôle en tant que supplément nutraceutique (apport supérieur à 10 % des lipides totaux) et leur utilisation en tant qu’ingrédient (apport inférieur ou égal à 10 % des lipides totaux) dans différents types d’aliments5,6.

 Ces données en lien avec l’étude de l’impact métabolique des lécithines végétales ont été obtenues dans le cadre d’une thèse bénéficiant d’un financement CIFRE, ainsi que du soutien d’ITERG, de la Région Nouvelle Aquitaine, du FEDER et de Terres Univia (Interprofession des huiles et protéines végétales).

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1https://www.actia-asso.eu/projets/bali/

L’unité mixte technologique (UMT) est un outil de partenariat entre institut technique et unité de recherche publique, mis en place et soutenu par le ministère chargé de l’Agro-alimentaire, sous la coordination de l’ACTIA (Association de coordination technique pour l’industrie agro-alimentaire).

2UMR INRAE1397 – INSERM U1060 / Université-Lyon1 – Laboratoire de Recherche en Cardiovasculaire Métabolisme Diabétologie et Nutrition (CarMeN), Equipe 1 « Diet and food matrix in Obesity and metabolic diseases: role of Intestinal tract and innovative Therapeutics (DO-IT) »

3Robert et al., The Journal of Nutrition, 2020. doi : 10.1093/jn/nxaa244.

4Robert et al., Molecular Nutrition and Food Research. 2021. doi: 10.1002/mnfr.202001068.

5Robert et al., Biochimie. 2020. doi: 10.1016/j.biochi.2019.11.017.

6Robert et al., Cahiers de Nutrition et Diététique, 2021. doi : 10.1016/j.cnd.2021.06.002.

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